GALERISTES - 2017

Raphaël Denis / Yevgeniy Fiks / Evangelia Kranioti / Hayoun Kwon / Gabriel Leger / Éric Manigaud / Nazanin Pouyandeh

9-10.12.2017 / Carreau du Temple

FRONTIÈRE

Pour la seconde édition de Galeristes, notre projet s’intéresse à la question de la frontière en convoquant le travail de sept artistes de la galerie: Raphaël Denis, Yevgeniy Fiks, Evangelia Kranioti, Hayoun Kwon, Gabriel Leger, Éric Manigaud et Nazanin Pouyandeh.

Dans les œuvres choisies, chaque artiste aborde le thème de la frontière, de façon directe ou détournée, dans son appréciation politique et idéologique (Raphaël Denis, Yevgeniy Fiks, Hayoun Kwon, Éric Manigaud) ou symbolique (Evangelia Kranioti, Gabriel Leger, Nazanin Pouyandeh).

Avec « Europa », Raphaël Denis livre un projet prospectif attaché à la question du territoire, indissociable du climat idéologique qui se développe depuis peu en Europe. Les œuvres condensent des réflexions sur les symboles, anciens et récents, de la conception européenne du territoire. Deux éléments principaux composent le vocabulaire de ce projet: le bunker de béton et le drapeau de plomb. Présenté pour la première fois dans le cadre de Galeristes, « Géographie » est un travail de détournement cartographique prolongeant la réflexion de Raphaël Denis sur cette même question du territoire et de la nation. 

Dans « The Magnitogorsk Tour of the National Gallery of Art», Yevgeniy Fiks évoque la vente d’une partie des collections du Musée de l’Ermitage par Moscou en 1929 pour financer l’industrialisation et le réarmement de l’Union soviétique. Ennemi politique déclaré, seuls les Etats-Unis sont alors à même d’acquérir cet ensemble de vingt-et-un chefs d’œuvres au profit de leurs collections nationales. Avec l’argent obtenu par cette vente historique, l’URSS construit la nouvelle ville industrielle de Magnitogorsk et achète en urgence des armes à Washington. Ce projet révèle l’histoire complexe et contradictoire des relations americano- soviétiques au XXème siècle, la perméabilité des frontières politiques et la fragilité des antagonismes idéologiques.

Née en Corée, Hayoun Kwon travaille sur la mémoire, individuelle ou collective. Dans sa vidéo « Pan Mun Jom », elle s’intéresse au site militaire éponyme à cheval sur la frontière entre les deux Corée. N’ayant pu obtenir les autorisations de tournage, Hayoun Kwon choisit de simuler en image d’animation 3D le tournage en caméra thermique qu’elle avait prévu. Au lieu de réfléchir ce lieu de confrontation sur le thème de la séparation, Hayoun Kwon opte pour l’abstraction scientifique, réduisant les soldats ennemis à l’image de leur température corporelle, les remettant ainsi sur un pied d’égalité. La vidéo « Pan Mun Jom » questionne la dimension fictionnelle de la frontière entre les deux Corée, lieu d’une mise en scène permanente.

Nouveau travail du dessinateur Éric Manigaud, la série « Octobre 1961 » est conçue à partir de photographies d’archives des manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris, brutalement réprimées par la police française. Cet ensemble, dont le dessin « La Nuit des Vendanges » fait partie, rappelle ce que furent le combat pour l’indépendance du peuple algérien et la violence de la réaction de l’Etat français refusant alors le remodelage de son territoire et de ses frontières. 

Dans les travaux d’Evangelia Kranioti, de Gabriel Leger ou de Nazanin Pouyandeh, la frontière est à entendre au sens symbolique.

Marquée par le concept youngien d’inconscient collectif, Nazanin Pouyandeh, peintre d’origine iranienne et vivant à Paris, s’intéresse à la question de la créolisation. A la frontière des cultures orientales et occidentales, outre la dimension politique, son œuvre est aussi celui d’un entre deux mondes, aux confins du rêve, du fantasme et de la réalité. Pour Galeristes, Nazanin Pouyandeh a peint le tableau « Entropie », illustrant sa propre réflexion sur le thème de la frontière.

La photographie d’Evangelia Kranioti, «Saint Antoine des Invalides» provient de la série «Obscuro Barroco», démarche d’immersion de la plasticienne dans les milieux transexuels brésiliens, réflexion anthropologique et sensible sur la frontière des genres. Sur les marches d’une église de Rio de Janeiro, un sans-abri dort allongé dans une posture quasi extatique à la porte de l’édifice religieux. Le contraste inscrit le personnage saisi par la photographe à la frontière du sacré et du profane, dans une atmosphère onirique et mystérieuse. 

Dans la pièce « All World », disque de cire gravé reprenant la Cinquième Symphonie de Beethoven, Gabriel Leger évoque la sonde américaine Voyager Golden Record, envoyée par la Nasa en 1977 à l’attention de civilisations extra-terrestres. Par le progrès technologique, il s’agissait alors de faire reculer les frontières humaines de l’espace tout autant que celles de la connaissance et de la compréhension du genre humain.

Le propre de la frontière n’est-il pas de conscrire et de délimiter, qu’il s’agisse d’un territoire politique, d’une pensée idéologique, d’un univers onirique ou d’un corpus scientifique ? Toute frontière doit être franchie. C’est dans cet espace de liberté que précisément l’artiste crée.