L'EXTASE DOIT ÊTRE OUBLIÉE / Evangelia Kranioti

du 20 mai au 24 juin 2017 


Evangelia Kranioti développe depuis plusieurs années une pratique artistique qui mêle documentaire et fiction.

Profondément liée à l’anthropologie et à la littérature, l’artiste trouve dans les récits d’anonymes les points de départs de ses oeuvres. Une exploration de l’intime qui, de sa Méditerranée natale aux ports des tropiques l’a amenée à construire une remarquable cartographie du désir et du besoin d’ailleurs.

« Je suis hantée par mes fantasmes, par ce qui est mythique, fantastique et gigantesque »*

Tourné à Rio de Janeiro pendant l’année des jeux Olympiques de 2016, son nouveau film Obscuro Barroco est un projet qui retrace l’itinéraire onirique, sur fond de carnaval, de bacchanales et de manifestations, de deux protagonistes opposés : un clown introverti et un travesti flamboyant.

Dans l’obscurité euphorique des festivités, les dédales de la « Cidade Maravilhosa » servent de théâtre à une exploration mouvante des processus de métamorphose, de réflexions sur la question du genre et de revendications pour l’égalité des droits.

Pendant un an, l’artiste s’est immergée dans la réalité de la ville pour y dessiner un aperçu de l’intrication des contextes sociaux et politiques qu’occultent, a priori, le temps suspendu du carnaval. Elle y fait écho, avec subtilité, à l’ambivalence profonde qui scinde la société brésilienne, la violence de l’exclusion et le désir de changement. Du sillage errant du personnage en habit de clown aux pas de Luana Muniz, figure du milieu transexuel carioca, l’artiste nous entraîne dans un voyage initiatique, un va-et-vient perpétuel entre corps intime et le corps social.

L’extase doit être oubliée, sa seconde exposition personnelle à la galerie Sator, tire son titre du livre Agua Viva de Clarice Lispector, référence importante de l’artiste pour ce projet brésilien.

Evangelia Kranioti y présente une installation en lien avec son film Obscuro Barroco, qui comprend un ensemble de photographies et un dispositif en double projection, qui repense l’arc narratif du film pour l’étendre à l’espace de la galerie.

Spécialement conçu pour ce cadre, l’artiste a réalisé un montage inédit qui redistribue l’ordre des plans et révèle la construction en strates de son oeuvre.

Elle y dévoile une dimension plus organique et immersive tout en insistant avec justesse sur les tensions et la violence dissimulées derrière les images.

Du Sambodrome aux barracões déserts, du carnaval des favelas aux manifestations militantes, se dessinent les contours d’une ville purgatoire prise dans un mouvement perpétuel et instable.

« Le réel je l’atteinds à travers le rêve (..) une autre réalité rêveuse et somnambule me crée »*

Avec Obscuro Barroco, Evangelia Kranioti poursuit son exploration de la complexité des émotions humaines et des imaginaires qui y sont convoqués. Portée par une nécessité d’aller à la rencontre de l’autre pour mieux transfigurer le réel, son oeuvre renoue avec une forme de surréalisme ethnographique.

Des espoirs de métamorphoses aux dérives urbaines mystérieuses de l’un de ses personnages, des mobilisations populaires au clair-obscur fantasmagorique de ses images, Evangelia Kranioti navigue de l’individu au politique et met en scène une forme de songe hybride qui parvient à dessiner une réalité autre.

Yannick Langlois

*citations extraites du film de Evangelia Kranioti Obscuro Barroco et tirées du livre « Agua Viva » de Clarice Lispector 

 

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