CARRÉS MAGIQUES / Jacques Villeglé

du 30 juin au 15 juillet 2017

en collaboration avec la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois

Vincent Sator est heureux de vous présenter Carrés Magiques, une exposition personnelle de Jacques Villeglé du 30 juin au 15 juillet 2017.

L’ensemble de lettres placées dans une grille 5 x 5 du palindrome parfait SATOR AREPO, connu dès l’Antiquité romaine, est particulièrement célèbre par suite de sa sonorité. Depuis 1925, il a fait beaucoup gloser, et, en l’annexant à la culture chrétienne, l’académicien Jérôme Carcopino (1881-1970) a plus particulièrement exaspéré plus d’un, d’où la composition du boustrophédon SATAN AVELA. Les carrés magiques chiffrés auraient été introduits en Europe au début du XVe siècle. Nul ne saura jamais par qui le concept de carré magique est passé de Chine à la Grèce, des Indes à l’Islam jusqu’à la culture occidentale. Ces jeux de l’esprit ont intéressé de nombreux mathématiciens de renommée mondiale. Dürer a immortalisé un carré magique d’ordre n=4 dit « Table de Jupiter » (mensula Jovis) dont deux cases de la rangée inférieure donnent la date de la gravure Melencolia : 1514. Le nombre 34, constante de ce carré parfait, est également dit « nombre du Soleil noir ». Le poète Eugène Guillevic (1907-1997), dans ses dialogues avec les figures géométriques, apostrophe le carré sans souci du nombre de caractères. Enfin, Georges Perec a créé, dans ses nombreux jeux oulipiens, des carrés dont la diagonale est composée par exemple de onze O. Dans les contraintes de cet exercice, ceux-ci ne devaient apparaître dans nul autre endroit. Parfois, j’ai rappelé aussi bien les compositions héraldiques que le carré de Malevitch.

Pour une de mes expositions précédentes, Laurence Bertrand Dorléac a précisé que : 

«Paul Veyne, professeur au Collège de France et réputé pour son histoire philosophique de l’Antiquité romaine, redistribue les cartes à la fin de 1968 et dans le vent de révolte qui souffle sur l’Occident et contre lui, signe un article au titre provocant :
« Le carré SATOR ou beaucoup de bruit pour rien »1 . Il croit certes au carré comme palindrome mais doute de son anagramme chrétienne, insistant sur la banalité des lettres latines qui donnent lieu potentiellement à toutes sortes de significations contradictoires. Il se refuse à privilégier une lecture catholique du PATER NOSTER ou de le mettre en relation avec la Croix du Christ, renvoyant les sectaires à leur sectarisme et au seul pouvoir de leurs « yeux obsédés de symbolique». 

Les réponses au professeur Veyne étaient inévitables et tout le monde continue à tirer le carré SATOR du côté de ses croyances, répondant ainsi à l’énigme qui demeure au fond entière à propos d’une représentation symbolique de l’univers valant pour tous mais diversement, selon sa culture. »2

Jacques Villeglé

 

1.Paul Veyne (Aix-en-Provence 1930), « Le carré SATOR ou beaucoup de bruit pour rien », Lettres d’humanité, vol. XXVII, 1968, p. 427-460.
2. Laurence Bertrand Dorléac, « Nutrisco et extinguo », Jacques Villeglé - Vacanze Romane, Galleria Mucciaccia, 2009, p. 29-30

 

article Télérama sortir Juin 2017 (PDF)

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